Politique de l'autruche

 


   Hiver 2020, les professionnels de la montagne manifestent dans plusieurs stations de la chaîne pyrénéenne pour protester contre l’interdiction de mettre en fonctionnement les remontées mécaniques, édictée par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. A La Mongie, les maires de Bagnères et de Campan sont présents.

   Dans la foulée, notre député déclare comprendre cette interdiction, car « il faut éviter que les stations deviennent des clusters ». Mais « en même temps », reçu avec trois autres parlementaires par un conseiller spécial du Président, il demande que soit fixée au plus vite une date ferme de réouverture.

 

   Dans la gestion sanitaire par nos gouvernants, les injonctions contradictoires ou simplement incompréhensibles sont légion. S’entasser dans un espace fermé et sans aération comme une rame de métro est autorisé, mais se trouver sur une remontée mécanique dans un espace ouvert montagnard est interdit… Et pourquoi craindre la formation de « clusters » quand les boîtes de nuit, les cafés et les restaurants des stations sont fermés !

   Nous ne comprenons pas cette interdiction, qui a pour conséquence de fragiliser un secteur d’activité essentiel pour notre région et de précariser les saisonniers.

   Nous apprécions par contre que, chacun à sa façon, les élus se mobilisent, compte tenu des enjeux humains et économiques des mesures frappant les stations de ski.

 

   Mais cette unanimité conjoncturelle relative ne nous dispense pas d’un débat de fond, jamais ouvert dans notre vallée jusqu’à présent, sur la question : faut-il continuer à dépenser des sommes folles pour des activités appelées à disparaître à court terme ou commencer dès maintenant à raisonner en intégrant les données climatiques nouvelles, et donc en diversifiant les investissements dans le domaine du tourisme montagnard ?

 

   En 2014, nos élus, sous l’influence d’Henri Mahourat, intronisé directeur « visionnaire » (journal Sud-Ouest) de la station et membre fondateur de N’PY, ont sorti de leur chapeau le projet «Grand Tourmalet 360», avec un budget prévisionnel de 50 millions d’euros d'investissements pour porter la capacité du domaine skiable de 270 à 360 hectares. Un tel niveau d’investissement pose question, et aurait mérité une ample réflexion préalable associant citoyens, spécialistes du climat, financeurs et élus. En effet, l’enjeu est crucial : les premiers millions d’euros ont été emprunté par la régie, mais les communes sont caution des emprunts… Or l’activité ski est fragilisée à l’extrême par le réchauffement climatique et les collectivités devront prendre le relais si un jour la régie se trouve en cessation de paiement – ce qui peut arriver à très court terme.

 

   Une première tranche de travaux a été effectuée, qui n’a pas enrayé la baisse de fréquentation de la station, de plus en plus marquée au fil des ans (- 3% en moyenne, - 17% entre 2017 et 2018). Les banques ont commencé à se montrer frileuses, exigeant pour les emprunts suivants des garanties à 100 % et estimant insuffisant le cautionnement par les intercommunalités et les départements. Le projet Tourmalet 360 s’est donc retrouvé en panne de financement.

 

   Cette année, nouvelle impulsion. La SEML – Société d’Economie Mixte Locale – du Grand Tourmalet est créée, à laquelle participe le SIVU et la Compagnie des Pyrénées Participation (qui a pour actionnaires la Région Occitanie, la Banque des Territoires et la Compagnie des Pyrénées – ex N’PY). Le soutien de la Région et de la Banque des Territoires est déterminant, car il rend possible un programme d’investissement de 32 millions d’euros sur les dix prochaines années. Le projet Tourmalet 360 va donc pouvoir redémarrer…

 

   Nous ne savons pas à l’heure actuelle ce que sera la proportion d’investissements consacrés à une éventuelle diversification d’activité. Il semble probable malheureusement qu’elle sera très minime, et que nous nous dirigeons essentiellement vers la finalisation du projet précédent. Nous continuerons donc surtout à investir dans le tout-ski, qui plus est dans un secteur situé à basse altitude que l’on sait condamné à court terme faute d’enneigement suffisant.

 

   Ignorer, comme nous le faisons chez nous, les données scientifiques qui se multiplient mettant en garde contre les effets de l’évolution du climat, c’est faire la politique de l’autruche et s’enfermer dans un absurde aveuglement.

   Car ce ne sont pas des écologistes forcenés, mais les prévisionnistes de Météo-France, qui mettent en garde : « à l'horizon 2050, et ce quel que soit le scénario de concentration en gaz à effet de serre, les projections indiquent une réduction de l'épaisseur moyenne hivernale de 10 à 40 %, en moyenne montagne ».

   Les scientifiques ayant rédigé le rapport 2018 de l’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC) ajoutent : « dans les Pyrénées centrales, à une altitude de 1 800 m, la période de permanence de la neige au sol pourrait se réduire de plus d’un mois ».

   La Cour des comptes enfin, dans son rapport de 2018, s’inquiète de l’impact de l’évolution climatique sur l’activité ski et suggère de « diversifier prudemment l’activité » et « reconvertir les sites menacés ».

   Les canons à neige – pardon, les « enneigeurs » ! – ne font que repousser l’échéance. D’ailleurs, en 2019, Météo-France expliquait que si le pire scénario après 2050 s’installait (+3°C, avec une baisse considérable de l’enneigement naturel), il serait alors impossible de créer de la neige de culture et l’existence même des stations serait remise en cause. 

 

   Nous devons impérativement penser l’avenir du tourisme dans nos montagnes en dehors de l’activité ski. L’OPCC nous y encourage, en ajoutant dans son rapport : « le réchauffement progressif, et plus particulièrement les températures plus douces en automne et au printemps, pourraient entraîner un prolongement de la saison du tourisme de montagne dans les Pyrénées. L’allongement de la saison estivale et une tendance à des températures plus douces au printemps et en automne, combinés à l’augmentation des températures minimales, pourraient entraîner une augmentation du choix des destinations touristiques de montagne au détriment d’autres destinations moins agréables en raison des températures élevées ».

 

   Le ski alpin, activité chère, polluante, énergivore et destructrice d’environnement n'est plus une « piste » d'avenir en montagne, pas plus que La Mongie n'est une « mine d'or » comme l'a soutenu le maire de Bagnères lors d'un récent conseil municipal.

   Si gouverner c'est prévoir... débattons et décidons ensemble  de ce que doit être un tourisme plus responsable. Ensuite, investissons dans les activités d’avenir, non dans celles du passé.

 

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