Discernement




   Samedi 18 juillet, des renforts de gendarmerie sont venus prêter main forte à la brigade bagnéraise pour « s’assurer de la tranquillité des résidents et des vacanciers ». Il est vrai qu’il y avait eu quelques dérapages dans notre ville en début d’été, avec une poussée de violence inquiétante chez quelques jeunes - connus pour la plupart - qui se contentaient auparavant de faire pétarader leurs engins à deux roues plus que de raison.

   Une descente de gendarmes ponctuelle un samedi soir, ça ne règle pas grand-chose, c’est juste pour rassurer les habitants. Dissuasion, répression, l’arsenal ordinaire des autorités. Le côté prévention, par contre, ne semble pas faire partie de leur vocabulaire, et c’est bien regrettable. La police de proximité reste une chimère. Les éducateurs de rue, un mythe. Aller à la rencontre de ces jeunes, leur parler, écouter leurs besoins, leur donner quelques moyens de s’investir positivement dans la vie de la ville, ce serait contribuer à l’éradication de cette petite délinquance naissante. Pour une mairie, il y aurait là un vrai travail de fond à effectuer.

   Echapper aux gendarmes étant un défi facile à relever pour les jeunes en déshérence, les forces de l’ordre n’en ont pris aucun sur le fait ce soir-là. Mais comme l’explique si bien La Dépêche, elles n’ont pas perdu leur temps pour autant, puisqu’elles ont pu « rappeler à l’ordre » un groupe d’une vingtaine de personnes faisant ou écoutant de la musique au fond de Salut. Seules les corneilles nichant dans la forêt au-dessus pouvaient être gênées par cette fête. Mais quelques bouteilles entamées montraient que ces dangereux musiciens bravaient un arrêté municipal interdisant la consommation d’alcool dans certains lieux publics jusqu’en septembre. Et cerise sur le gâteau, une participante à cette fête se trouvait être une conseillère municipale d’opposition fraîchement élue. Gendarmes, presse et tous les bien-pensants de la cité pouvaient se délecter à l’envi, et se féliciter de cette magnifique leçon de morale !

    Il est légitime et nécessaire de lutter contre toutes les formes de délinquance, par la prévention d’abord et la répression ensuite si nécessaire. Mais il faut agir avec discernement, s’entendre sur les comportements qui sont acceptables et ceux qui ne le sont pas. Pour qu’il y ait harmonie dans la ville, les jeunes ne doivent pas rendre le quotidien impossible à leurs aînés et les personnes âgées doivent tolérer le bruit de cette vie dont ils s’éloignent. Aller faire de la musique au fond de Salut, est-ce un comportement déviant ? Vivre en société, c’est accepter l’autre, ne pas le rejeter juste parce qu’il vit différemment de soi. Nous avons, en tant qu’être humains, besoin de contacts sociaux, de culture partagée. Veut-on une société cadenassée, où chacun vit barricadé chez lui à l’abri de la joie de vivre des autres ? Une société ultra sécurisée où chacun vit en permanence sous le regard des autorités ?

   Nous voulons une ville ouverte sur la vie, pas un mouroir désespérant.


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