Le pouvoir des rotatives



  
La presse et les médias méritent bien le nom de « quatrième pouvoir », face aux trois incarnés par l’Etat (législatif, exécutif, judiciaire). Parfois le quatrième s’oppose aux trois principaux, agissant alors en contre-pouvoir. Mediapart, Le Canard Enchaîné et Charlie-Hebdo en sont la parfaite illustration, leur indépendance financière leur laissant une entière liberté éditoriale. Mais le plus souvent, presse et medias sont au service des puissants, de façon ouverte ou détournée. Parfois, ils jouent même carrément les faiseurs de roi, en donnant de la crédibilité à des candidatures improbables (celles de Ségolène Royal et d’Emmanuel Macron leur doivent tout ou presque…). Le plus souvent, ils privilégient les sortants, avec lesquels ils sont en relation depuis longtemps. Car dans la plupart des cas, la connivence est totale entre milieux médiatique et politique. Influenceurs et décideurs sont liés, se fréquentent, et forment cette caste surpuissante qui dirige le pays.

   Le phénomène est le même sur le plan local. Les responsables éditoriaux des journaux régionaux sont le plus souvent proches des élus, et influent de façon déterminante sur leur réélection. La couverture médiatique des sortants et des opposants est rarement équilibrée, on le constate à nouveau de façon criante lors de ces dernières municipales. Les premiers ont droit à nombre d’articles complaisants, tandis que les seconds sont cantonnés à des paginations moindres et à des traitements autrement critiques. Dépêche, Nouvelle République, Semaine des Pyrénées auront ainsi apporté une contribution d’envergure à la campagne des maires sortants du département. La Montagne, essentiellement focalisée sur notre ville, s’était montrée jusqu’ici bien plus équitable. Il n’empêche qu’à la veille des élections, ce journal apporte lui aussi une aide substantielle à la campagne du maire actuel en lui donnant le privilège du dernier mot, les deux autres candidats s’étant s’exprimés la semaine précédente. Cependant, il semblerait qu’il ne s’agisse pas d’un choix délibéré de la rédaction mais plutôt d’une manœuvre du sortant qui n’aurait pas fourni sa contribution avant le bouclage, tactique lui permettant de clore en solo le débat juste avant les élections. Ce que le journal ne pourrait lui refuser, la mairie étant l’un des clients majeurs de l’imprimerie.

   Reste le cinquième pouvoir, le « journalisme citoyen ». Notre blog en est un exemple. L’Internet ouvre un nouvel espace de discussion et de débat. Il autorise aussi quelques dérives, encouragées parfois par l’anonymat : le débat peut se limiter à l’échange d’insultes. Mais le plus souvent, une vraie réflexion citoyenne se développe, et débouche sur l’action.

   La pyramide bagnéraise des âges fait que le pouvoir de la presse, chez nous, est encore dominant. Une majorité de nos concitoyens s’informe essentiellement auprès des journaux locaux. Mais l’audience du cinquième pouvoir progresse, même chez les personnes âgées. Cela permet d’espérer qu’un vrai débat démocratique rendra de plus en plus inopérante la propagande médiatique dont nous sommes abreuvés. La prime au sortant sera alors un concept dépassé, et le renouvellement de nos politiques s’en trouvera accéléré. Qui s’en plaindra : l’évolution inquiétante de notre monde exige des énergies nouvelles pour mettre en œuvre des projets innovants.

   Donnons les clés de notre futur à ceux qui ont conscience des enjeux, ou, mieux encore, prenons nous-mêmes ce futur en main, dans le cadre d’une participation citoyenne véritable.



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